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Introduction au grand Atlas des traditions orales africaines

« Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle »

Amadou Hampâté Bâ,

discours à la conférence générale de l’Unesco,Paris,1960.

Lorsqu’il s’agit de parler de l’histoire africaine, un détour important doit être fait sur la tradition orale. Celle-ci est la mémoire vive des peuples, elle sert de relais entre les générations en prenant racine depuis la plus haute chaîne de transmission.

Depuis le 20ᵉ siècle, cette dernière est classée parmi le patrimoine culturel immatériel mondial de l’UNESCO, chose qui n’aurait pas été possible sans le concours de personnalités telles qu’Amadou Hampâté Bâ, Boubou Hama, D.T. Niane, Diouldé Laya, Joseph Ki-Zerbo et bien d’autres. Leur acharnement pour que la tradition orale soit prise en compte comme source, qui pourrait compléter aisément diverses disciplines en vue d’une reconstitution de l’histoire africaine, est un legs précieux pour tous les historiens et tous les chercheurs.

Le XXIᵉ siècle est le siècle des grands chamboulements. La révolution numérique déjà bien ancrée dans les sociétés modernes participe à mettre de la distance entre l’humain et son passé. Le grand nombre d’informations qui paraît à la seconde atrophie la capacité des individus à prendre du recul, comme l’indique le neurologue états-unien Richard Cytowic : « Notre biologie physique ne peut tout simplement pas suivre le rythme effarant auquel la technologie moderne, la culture et la société évoluent » (via Korii, cité sur RadioFrance.fr, article “Cerveau, concentration et smartphones”, 16 avril 2025).

Face au flux constant d’informations, les esprits sont sans cesse portés vers l’information suivante, donnant l’impression que les informations passées sont sans importance, car déjà dépassées sous l’action du swipe.

Ce décalage entre hyperactivité numérique et capacité mémorielle de notre cerveau crée un amenuisement des capacités cérébrales. Ce phénomène soulève donc une question cruciale : Comment pérenniser sainement la tradition orale si les mémoires deviennent défaillantes ? S’il est vrai que les anciens du siècle dernier ont une mémoire relativement bonne et fiable, il n’en demeure pas moins que leurs successeurs peuvent, au vu des éléments cités ci-dessus, être de mauvais dépositaires d’une telle science. Il est donc urgent de tirer la sonnette d’alarme concernant la tradition orale qui, à l’heure actuelle, est plus que jamais menacée de disparition définitive.

Depuis la demande d’Amadou Hampâté Bâ à l’UNESCO d’intégrer la tradition orale dans son programme de préservation du patrimoine, plusieurs éléments ont été fournis çà et là. L’un d’eux retient notre attention et son applicabilité nous permettra de protéger de façon efficace les traditions orales africaines. En effet, la méthode comparative proposée par J. Vansina dans le chapitre 7 de L’Histoire générale de l’Afrique, tome 1, permettra d’évaluer les traditions orales au fil du temps afin de déterminer si ces dernières ont reçu des ajouts ou des césures. (Cf. pages 185-187, éditions UNESCO.)

Sur cette base, nous pouvons aisément nous engager dans un énorme projet de recueil de traditions orales à travers le continent. Ce projet visera à regrouper toutes les traditions orales encore trouvables dans un grand ouvrage établi sur plusieurs tomes. Ces tomes tiendront lieu d’Atlas des traditions orales africaines. Ils (les tomes) mettront aussi en avant des éléments comme les cosmogonies, les migrations et les relations entre les peuples. Ces éléments permettront aux lecteurs de découvrir l’unité culturelle africaine encore palpable sous les récits traditionnels oraux recueillis par les oreilles du 21ᵉ siècle.

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