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La Philosophie Kemitocentrée

Avant d’aborder la question du kemitocentrisme, il convient tout d’abord d’expliquer son origine et comment il a été inspiré. L’idée vient d’un fait qui semble anodin et même banal car certains thèmes qui sont traités dans le kemitocentrisme sont de notre époque.

Le kemitocentrisme est la philosophie qui prône la prise en compte des productions intellectuelles de l’Égypte antique dans tous les domaines en les repensant et en les rénovant. Le kemitocentrisme est pour ainsi dire le retour intellectuel accompagné d’une vision épistémologique sur la civilisation de l’Antiquité égyptienne. Une sorte de renaissance africaine à travers les arts, la philosophie, la culture dans son ensemble, la science étant le soubassement absolu de notre démarche. Nous nous approprions la civilisation kemit de l’antiquité en jetant un regard critique sur certaines conceptions philosophiques, religieuses et scientifiques de cette civilisation. Le kemitocentrisme n’exclut pas la croyance en toutes les pratiques religieuses africaines, ni aux religions égyptiennes de l’antiquité. Ces pratiques sont autochtones, elles méritent un respect et une attention particulière.

Le kemitocentrisme vise aussi et surtout à promouvoir l’indépendance politique, économique, culturelle, industrielle et intellectuelle du continent africain en luttant contre les injustices sociales. Nos ambitions sont d’éradiquer le comportement tribaliste en Afrique.

Nous voulons par le kemitocentrisme mettre en valeur la connaissance scientifique dans le cadre de la renaissance africaine, inciter à l’amour de la culture africaine, à la prise de conscience historique à la construction d’un paradigme philosophique qui facilite l’esprit critique dans le domaine éducatif. Éliminer le complexe d’infériorité, le complexe de subordination, renforcer le sentiment de cohésion continentale entre les peuples d’Afrique Noire sont des raisons de ce que vise kemitocentrisme. Ce sentiment de cohésion sociale kemit facilite la compréhension de l’identité culturelle. En d’autres mots, il existe une identité culturelle entre l’Égypte antique et les Nations négro africaines et c’est cette connaissance qui rendra accessible la compréhension du sens profond de cohésion entre ces peuples africains quoique éparpiller sur le continent.

Il ne s’agit pas d’un retour à l’Egypte antique dans le sens littéral. Ce qui pour nous serait insensé, il s’agit de revisiter le passé africain avec un regard rationnel, scientifique pour comprendre les embranchements qui ont eu lieu au cours de l’histoire africaine. Un retour épistémologique et une lucidité intellectuelle pour soumettre au crible de la raison et de la science les informations susceptibles de nous éclairer sur la civilisation lointaine du passé Africain. Si l’occident s’est inspiré de son antiquité gréco-romaine, pour construire cette civilisation moderne qui émerveille tant, alors que ces civilisations gréco-romaines ont pour la plupart tirer leurs connaissances de l’Egypte antique, pourquoi le négro-africain qui est le descendant légitime de cette civilisation kemit ne s’en servirait pas? Aussi, si les ancêtres des européens ont eu comme berceau de la connaissance scientifique l’Egypte antique, pourquoi ne pas en faire autant avec les peuples qui détiennent la science et la technologie aujourd’hui?

Même s’il est difficile pour certains détracteurs de reconnaître ces faits historiques, Diop maintient cette affirmation: <<On ne saurait affirmer avec plus de netteté l’identité de la culture égyptienne et la culture nègre. C’est en raison de cette identité essentielle de génie, de culture et de race que tous les Nègres peuvent, aujourd’hui, legitimement, rattacher leur culture à l’Egypte antique et bâtir une culture moderne à partir de cette base… >> Cf. NATIONS NEGRES ET CULTURE. Il existe sur biens d’aspects une identité entre la culture négro africaine et la culture égyptienne pharaonique. C’est la prise en compte de cette identité comme héritage africain que nous pourrons fièrement fonder une culture actualisée et adaptée à la modernité en prenant pour base l’Egypte antique.

Le kemitocentrisme est en ce sens un compte rendu intégral de la vision Diopienne à savoir <<le retour à l’Egypte antique dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire, pour bâtir un corps de sciences humaines modernes pour rénover la culture africaine.>> Cf CIVILISATION OU BARBARIE. C’est ainsi que le kemitocentrisme procède pour asseoir son paradigme philosophique. Dans le kemitocentrisme, nos regards sont tendus vers le futur. Le kemitocentrisme est un retour à la civilisation africaine depuis l’Egypte antique jusqu’à nos jours. Le kemitocentrisme a pour objectif de reconnaître la civilisation égyptienne comme patrimoine africain. Pour être plus efficace, il convient de repérer dans les pratiques ancienne et contemporaines de l’Afrique des notions et des connaissances pour y effectuer des ruptures épistémologiques. La démarche kemitocentrée est celle qui fait la part belle à la vérité scientifique et à l’analyse rationnelle basée sur la réalité contemporaine.

L’éducation scolaire et académique

Le système éducatif et académique est à prendre au sérieux dans notre paradigme, restituer le patrimoine civilisationnel, restaurer la vérité historique par le moyen de l’école est crucial . En effet, le système éducatif est central dans la transmission des connaissances aux citoyens. c’est par lui que l’on forme les intellectuels, les élites et les futurs dirigeants politiques de la nation. Un système éducatif qui ne vise pas à former le peuple africain adéquatement dans les domaines scientifiques et philosophiques n’est pas susceptible de faciliter la renaissance africaine. Le kemitocentrisme est pour ainsi dire ce système qui permet aux africains de transmettre les connaissances de manière à ce que le Négro africain puisse être pleinement conscient de son histoire et conscient de sa condition dans le monde. Ainsi, le système éducatif nécessite une réforme (R.E.K). La Réforme Éducative kemitocentrée consiste à identifier les besoins de l’Afrique Noire en matière d’infrastructures et de centres de formation technique et technologique. Il faut des instituts technologiques et de formations dans le domaine de l’aéronautique, de la robotique, de l’informatique, des bio-sciences en Afrique Noire. Tel qu’expliqué dans la présentation de la pensée de Diop, il s’agit d’actualiser la civilisation africaine depuis kemet c’est-a-dire l’Egypte antique. Le retour à l’Égypte antique est donc une prise en compte des productions intellectuelles, philosophiques, scientifiques, religieuses de cette civilisation. Ces domaines de connaissances sont repensés et rénovés selon les normes modernes dans une perspective futuriste. Il s’agit d’embrasser tous les domaines possibles de la science , tous les domaines de la philosophie et tous les domaines de la théologie ( la religion); cela coïncide avec la profonde signification de la renaissance africaine. Etant donné que le kemitocentrisme n’est pas une religion, il serait plus exacte de le voir comme une vision philosophique et une théorie qui propose des perspectives pouvant faciliter l’accès à la souveraineté .

Le kemitocentrisme est ouvert à toutes les entreprises scientifiques aidant à améliorer les conditions de vie du citoyen. l’Identité Culturelle est l’une des préoccupations du kemitocentrisme.

L’IDENTITÉ CULTURELLE

Comme déjà définie par Cheikh Anta Diop, il s’agit d’analyser les composantes de la personnalité collective. L’identité culturelle d’un individu est fonction de l’identité culturelle de son peuple. C’est le fait que tout être humain s’identifie culturellement à son peuple, l’individu sait à quel peuple il appartient selon la culture que pratique le peuple auquel il appartient. Aussi dans le cadre de la libération du peuple Noir, il est convenable de considérer la culture comme une arme. Pendant la lutte pour la restauration de la vérité historique de l’émancipation intellectuelle, scientifique, technique industrielle et économique, la culture sera l’élément de jonction des peuples. Cela facilitera même la fédération des pays Noires africains. <<Certes, au cours de cette lutte les armes culturelles seront déjà nécessaires…>> Cf. ALERTE SOUS LES TROPIQUES. Ceci explique mieux pourquoi il faudra prendre en compte la notion culturelle dans le même cadre que les autres ( sciences, technologie, industrialisation, économie etc.) pour une véritable indépendance continentale. << La culture est donc essentiellement au service de la lutte de libération nationale.>> Cf. ALERTE SOUS LES TROPIQUES. Redonner au négro africain son histoire, sa fierté en tant qu’être humain par la valorisation de sa culture devient un but important.

Les facteurs de l’identité culturelle :

Aussi, il est important de mentionner les facteurs qui participent à l’identification de l’identité culturelle, Ch. Anta Diop en a cité trois qui sont : le facteur historique, le facteur linguistique et le facteur psychologique. Les approches visant à changer ou à ajouter des éléments nouveaux à l’identité culturelle nécessitent une étude et des analyses méticuleuses avec des actes adaptés à ces trois facteurs . << Toute tentative visant à renforcer ou à modifier la personnalité culturelle doit donc consister à étudier avec soin un mode d’action approprié sur ces trois facteur>>.

Le facteur historique :

Le facteur historique représente ce qui fait que les Négro africains pourront retrouver une unité de fond dans cette diversité de façade. Le facteur historique facilite la cohésion des sociétés africaines par le principe de continuité des événements vécu par le peuple. Le facteur historique est l’élément de liaison d’une collectivité. Ainsi les individus de la collectivité peuvent se sentir identiques les uns les autres par le passé commun qu’ils partagent. << Le facteur historique est le ciment culturel qui unit les éléments disparates d’un peuple pour en faire un tout, par le biais du sentiment de continuité historique vécue par l’ensemble de la collectivité. >>Cf. CIVILISATION OU BARBARIE . C’est grâce à cette conscience historique que l’on peut distinguer un peuple d’une population: une population est généralement caractérisée par le fait que les individus qui la composent sont étrangers les uns aux autres. Par contre, un peuple est identifiable par le fait que les individus sont liés culturellement et historiquement. Le facteur historique facilite donc le sentiment d’appartenance à la collectivité malgré les distances et les nuances culturelles. Les conflits tribaux deviennent un non-sens quand on saisi l’importance du facteur historique de l’identité culturelle. Dans ce contexte, le plus important revient àretrouver le fil conducteur qui relie le peuple à son passé ancestral.

Le facteur linguistique :

Le facteur linguistique est ce qui fait l’originalité de celui qui exprime une idée qui est propre à son mode de penser. L’hétérogénéité de façade des langues africaines ne doit  pas nous perdre et ne devrait pas nous faire penser que nous sommes étrangers les uns aux autres. La recherche linguistique a montré par exemple que, sous  les diversités linguistiques en Europe  se cache une parenté. Cette parenté montre une unité linguistique qui remonte aux origines indo-européennes. Ainsi les recherches dans les domaines linguistiques menées par  Ch. Anta Diop et Théophile obenga, présentent une sorte de parenté entre l’ égyptiens pharaonique et biens de langues négro africaines. Nous pouvons affirmer  que le facteur linguistique est un élément  de <<raffermissement  de l’identité culturelle africaine>> . Le kemitocentrisme suggère une étude linguistique des langues africaines, une intégration des langues africaines dans le programme scolaire. Il faut à travers les langues africaines expliquer la parenté profonde qu’il y a entre les peuples pour renforcer le sentiment d’appartenance les uns aux autres. L’étude linguistique  est celle qui peut sans détour permettre aux négro africains de << renforcer la personnalité culturelle africaine, et partant l’identité culturelle des africains.>>  Cf. CIVILISATION OU BARBARIE.

Le facteur psychologique :

Le facteur psychologique est autant important que le facteur historique et linguistique. Il s’agit de l’aspect mental qui dans tous les cas doit être pris en compte. Ce qui pour nous est important c’est de comprendre pourquoi certains négro africains ont normalisé cette opinion populaire de son l’infériorité par rapport aux autres peuples. Les stéréotypes qui ont servi à détruire et à émietter le moral du Noire sont pour la plupart dûs aux descriptions racistes de certains savants européens sur les caractères physiques et moraux des Noirs. Ces descriptions qui pour la plupart du temps visent à émietter la conscience du négro africain. ce qui semble reussir car certains africain ont fini par croire que ces descriptions sur leur nature sont vrais. Certains intellectuels africains arrivent même à croire que les descriptions faites d’eux sont vrais. Le climat dans lequel les partisans de la négritude se trouvaient était peut-être hostile à toute émergence scientifique et intellectuelle.

Toute proposition, pour être vraie, devait être blanche, cela a joué en faveur des racistes blancs et en défaveur des intellectuels Noirs. Ch. Anta Diop nous apprend que: <<Les poètes de la « négritude » n’avaient pas à l’époque les moyens scientifiques de réfuter ou de remettre en question de pareilles erreurs. La vérité scientifique était devenue depuis si longtemps blanche que, les écrits de LEVY-BRUHL aidant, toutes ces affirmations faites sous couleurs scientifiques devaient être acceptées comme telles par nos peuples soumis.>> cf. CH. Anta Diop,CIVILISATION OU BARBARIE . Il n’y avait que le blanc qui pouvait dire la vérité, la vérité n’était plus liée à la description du réel, le critère de vérité était que celui qui la prononce doit être blanc. La vérité scientifique n’existe que si elle vient du blanc point final. C’est dans ce contexte que la négritude a validé cette hypothétique infériorité du Noire. << La « négritude » accepta donc cette prétendue infériorité et l’assume crânement à la face du monde. CESAIRE s’écria: <<… ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel>>. SENGHORE:<< l’émotion est Nègre et la raison hellène>> cf Ch. Anta Diop Idem. Le kemitocentrisme va donc inciter à se débarrasser des préjugés basés sur la race en priorisant la rigueur scientifique et la rationalité. La facteur psychologique est déterminant dans la mesure où elle représente la partie invisible de l’iceberg. Grâce à la conscience historique, le complexe d’infériorité est, si on peut le dire aneanti. On ne s’identifie pas aux qualificatifs liés au préjugés raciaux car on a acquis la conscience historique. Aussi la volonté de puissance, la confiance en soi et toute force psychologique permettant de se définir autrement que par les qualificatifs rabaissants sont remis en cause par le facteur psychologique.

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