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Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga et la Linguistique : Des balbutiements à la consécration

Alors qu’il était élève en classe de mathématiques supérieures, le jeune Cheikh Anta Diop entreprend ses premiers travaux en linguistique. Se questionnant sur l’origine de la langue wolof et de ses locuteurs, il finira par publier le résultat de son travail au deuxième trimestre de l’année 1948, à Paris, dans la revue fondée par Alioune Diop : Présence Africaine.

Après avoir constitué un dictionnaire étymologique sommaire du wolof et du sérère, Cheikh Anta Diop va publier, dans le numéro 5 de la revue Présence Africaine la même année, la suite de son étude linguistique de la langue wolof.

En 1953, ce dernier fait paraître dans La Voix de l’Afrique noire (Bulletin de l’Association des Étudiants du RDA) un « Essai sur les langues vernaculaires », dans lequel il esquisse un alphabet wolof et traduit du français vers le wolof un extrait d’un poème de Pierre Corneille. Il étend ce type de traductions à d’autres genres littéraires pour montrer que les langues africaines — notamment le wolof — sont capables de complexité, contrairement à ce qui était péjorativement véhiculé à son époque.

C’est dans son désormais classique et best-seller, Nations nègres et culture, paru en 1954, que Cheikh Anta Diop montre toute la complexité des langues africaines – notamment le wolof – en traduisant des textes de physique théorique, ainsi que certains concepts de mathématiques, de physique et de chimie. Dans le même ouvrage, il réalise également une étude de vocabulaire comparé entre l’égyptien ancien et le wolof. Ce point, qui au départ partait d’une simple hypothèse de travail, trouve un parfait écho en s’appuyant sur des bases scientifiques solides.

Au début des années 1970, il fait la rencontre de celui qui sera son binôme dans une longue lutte scientifique. Le Congolais Théophile Obenga fait son entrée fracassante dans le brûlant débat de l’époque relatif à l’Égypte ancienne avec un ouvrage préfacé par Cheikh Anta Diop. Cet ouvrage, intitulé L’Afrique dans l’Antiquité : Égypte ancienne, Afrique noire et paru en 1973 aux éditions Présence Africaine, a un retentissement non négligeable. C’est en effet grâce à lui que Théophile Obenga fait ses preuves pour pouvoir se tenir aux côtés de Cheikh Anta Diop lors du colloque du Caire de 1974, organisé par l’UNESCO à la demande de Diop dans le cadre de la rédaction de l’ Histoire générale de l’Afrique.

Lors de ce colloque, qui s’est déroulé en deux parties, les participants ont échangé et débattu sur le peuplement de l’Égypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique. Du 28 janvier au 3 février 1974, ils ont évoqué les migrations, l’anthropologie physique, la linguistique et les nouvelles approches pluridisciplinaires à mettre en place pour la poursuite des recherches. La démonstration de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga, comme l’a écrit le rapporteur, le professeur Jean Devisse, dans la conclusion des Actes du colloque, « n’a pas eu, malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l’Unesco, une contrepartie toujours égale. Il s’en est suivi un réel déséquilibre dans les discussions.» (1)

Grâce à leur démonstration, l’Égypte ancienne a été replacée dans son contexte africain. Le colloque sur la question linguistique a demandé d’orienter la recherche vers l’Afrique subsaharienne, car la langue égyptienne ancienne avait sans nul doute des parents et des cousins dans cette direction. Le colloque a même émis le souhait de le faire rapidement, car certaines langues subsahariennes étaient menacées de disparition.

C’est en suivant les orientations du colloque du Caire que Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga orientent leurs recherches ultérieures en linguistique.

Cheikh Anta Diop publie en 1977 un livre intitulé Parenté génétique de l’égyptien pharaonique et des langues négro-africaines (Présence Africaine), puis un autre ouvrage, paru à titre posthume, intitulé Nouvelles recherches sur l’égyptien ancien et les langues négro-africaines modernes (Présence Africaine).

Son binôme, Théophile Obenga — formé à la linguistique saussurienne à l’Université de Genève par le professeur Henri Frei, au Collège de France par l’illustre professeur Émile Benveniste, ainsi qu’à l’École pratique des hautes études (IVe section) à la Sorbonne, à Paris —, a lui aussi produit et publié conformément aux recommandations du colloque. En 1993, il publie l’ouvrage Origine commune de l’égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes : Introduction à la linguistique (L’Harmattan). En septembre 2010 paraît L’Égyptien pharaonique : une langue négro-africaine (Présence Africaine).

Plusieurs années après le décès de Cheikh Anta Diop, les études en linguistique ont continué. Fidèle à la mission que ce dernier lui avait confiée avant sa disparition, Théophile Obenga a poursuivi les recherches en appliquant toujours la règle stricte de la linguistique historique comparée. Après plus de trente ans de travail, il a achevé cette tâche en publiant, le 26 mars 2026, Reconstruction du Nilo-Atlantique : Linguistique descriptive et linguistique historique africaine — Application de la méthode comparative (Présence Africaine) : l’œuvre d’une vie.

(2) Source : ankhonline.com

Références et bibliographie

Les articles de Cheikh Anta Diop ont été compilés et publiés sous la forme d’un ouvrage en 1990 par son éditeur, Présence Africaine, sous le titre Alerte sous les tropiques.

(1) Le peuplement de l’Égypte ancienne et le déchiffrement de l’écriture méroïtique : Colloque du Caire (28 janvier – 3 février 1974), Paris, UNESCO, 1978 (rééd. 1986), p. 101.

(2) http://www.ankhonline.com/obenga_th_bibli.htm

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